

Un développeur à 850€ de TJM comparait récemment ses simulations SASU et portage salarial. Après tous ses calculs, il trouvait environ 535 € d’écart et se demandait ce qu’il avait raté.
La réponse tient moins dans un taux de charges que dans ce que devient l’argent après la facture.
En portage salarial, l’activité finance principalement une rémunération salariée. En SASU, une partie peut servir au salaire du président, rester dans l’entreprise ou, plus tard et sous certaines conditions, être distribuée.
Deux simulations peuvent donc afficher des résultats proches sans raconter la même chose.
La SASU n’est pas automatiquement plus rentable que le portage salarial, pas plus que le portage ne devient automatiquement intéressant dès qu’on cherche davantage de protection.
Pour quelqu’un qui souhaite récupérer une grande partie de ce que son activité produit sous forme de revenu personnel régulier, il faut comparer les deux solutions avec les mêmes hypothèses de chiffre d’affaires, de frais et de rémunération.
Le président rémunéré d’une SASU relève lui aussi du régime général. Sa rémunération supporte des cotisations sociales. Son mandat ne lui ouvre cependant pas de droits à l’assurance chômage.
La SASU devient beaucoup plus particulière lorsque le consultant n’a pas besoin de sortir tout l’argent produit par son activité. Il peut alors en laisser une partie dans la société, décider plus tard de son utilisation et éventuellement distribuer des dividendes si un bénéfice distribuable existe.
C’est souvent là que le comparatif commence réellement.
On voit régulièrement les quatre termes utilisés presque comme des synonymes dans des simulations ou des discussions entre freelances.
Ils ne le sont pas.
Imaginons une SASU qui facture 10 000 € HT pendant un mois.
Ces 10 000 € constituent du chiffre d’affaires.
La société a ensuite des dépenses. Elle peut rémunérer son président, payer un expert-comptable, une assurance, du matériel, des déplacements ou d’autres frais liés à son activité.
Ce qui restera à la fin de l’exercice, après prise en compte des charges, participera à la détermination du bénéfice imposable.
Une fois l’impôt payé et le résultat affecté, une partie de l’argent peut rester en trésorerie dans la société.
Cette trésorerie n’est toujours pas le revenu personnel du dirigeant.
C’est une distinction assez élémentaire en comptabilité. Elle devient beaucoup moins évidente lorsqu’un simulateur place côte à côte un salaire net de portage et une somme encore présente dans une SASU.
40 000 € sur le compte bancaire de la société ne signifient pas que le consultant dispose de 40 000 € pour payer son loyer, ses vacances ou ses mensualités de crédit.
Il faudra encore décider ce que la société fait de cet argent.
On l’a déjà vu avec les simulations de portage salarial : deux résultats ne veulent plus dire grand-chose dès que les hypothèses de départ diffèrent. Avec une SASU, une difficulté supplémentaire apparaît : il faut encore distinguer ce qui reste dans la société de ce qui arrive réellement sur le compte personnel du consultant.
C’est probablement la mauvaise manière de poser la question.
Il n’existe pas un niveau de chiffre d’affaires à partir duquel la SASU devient automatiquement préférable au portage salarial.
Prenons deux consultants en SASU, qui réalisent chacun 120 000 € de chiffre d’affaires annuel.
Le premier a besoin d’environ 65 000 € par an pour financer son niveau de vie et ses projets personnels.
Le second vit avec 35 000 €.
À activité identique, le second dispose d’une marge beaucoup plus importante pour conserver du résultat dans une société. La faculté de laisser plusieurs dizaines de milliers d’euros en SASU prend alors un sens qu’elle n’a pas nécessairement pour le premier.
Le seuil intéressant n’est donc pas seulement le chiffre d’affaires.
On regarde plutôt l’écart entre ce que l’activité produit et ce qu’il faut réellement sortir pour financer sa vie personnelle.
Un CA élevé rend cette question plus fréquente, évidemment. Il ne donne pas la réponse à lui seul.
Antoine est consultant cloud. Son TJM est de 700 € et il facture 180 jours sur l’année.
126 000 € HT de chiffre d’affaires.
On peut entrer ce chiffre dans dix simulateurs. Il manque encore une information essentielle pour faire un choix utile : combien Antoine veut-il récupérer personnellement ?
Supposons qu’il souhaite disposer d’environ 5 000 € par mois.
Il vient de quitter son ESN, a signé une première mission de douze mois et n’a pas, pour l’instant, de projet particulier autour d’une société. Son activité sert surtout à produire son revenu.
En SASU, Antoine devra probablement se verser une rémunération significative. Cette rémunération entraîne les cotisations du président assimilé salarié. Il faudra également faire fonctionner la société : suivi comptable, déclarations, arbitrages de rémunération, obligations juridiques. Une grande partie de ces tâches peut être déléguée ; la société reste néanmoins la sienne.
En portage, il retrouvera les cotisations liées au salaire auxquelles s’ajoutent les frais du portage. En revanche, il ne tient pas la comptabilité de sa SASU et n’a pas à piloter une société autour de sa mission.
À ce stade, le calcul mérite d’être fait au centime avec les paramètres réels plutôt qu’avec une règle générale.
Il y a d’ailleurs un coût difficile à mettre dans Excel. Certains consultants n’ont aucun problème à suivre une société, valider leurs écritures et parler fiscalité avec leur comptable. D’autres se retrouvent un dimanche soir devant une dépense de 187 € à chercher comment elle doit être traitée.
Ce n’est pas dramatique. C’est simplement une partie du choix.
Rien n’a changé dans sa mission.
700 € de TJM. 180 jours. Toujours 126 000 € de CA.
Son besoin personnel est désormais d’environ 36 000 € par an.
Une partie beaucoup plus importante de ce que produit son activité peut donc rester dans une SASU sans qu’Antoine ait besoin de la récupérer immédiatement.
Il pourra garder une réserve pour une période plus faible, financer une dépense à venir ou développer quelque chose au sein de la société. Peut-être n’en fera-t-il rien pendant un an.
Ces sommes appartiennent à la SASU, pas directement à Antoine.
Et c’est justement ce qui rend la SASU intéressante dans ce scénario : tout n’a pas besoin de devenir du revenu personnel au moment où l’argent est gagné.
Le TJM d’Antoine n’a pas bougé. Son activité non plus.
Le rôle que peut jouer une société, lui, a changé.
Les dividendes sont souvent l’endroit où les écarts deviennent spectaculaires dans les comparatifs.
Il faut suivre le chemin complet.
Dans une SASU à l’IS, les dividendes ne sont pas déduits du résultat comme le serait une rémunération. La société paie d’abord l’impôt sur son bénéfice.
En 2026, le taux normal de l’IS est de 25 %. Les sociétés éligibles au taux réduit peuvent bénéficier de 15 % sur la première tranche de bénéfice jusqu’à 42 500 €, puis 25 % au-delà.
Prenons un exemple qui sert uniquement à comprendre cette mécanique.
Une SASU réalise 80 000 € de bénéfice imposable avant IS, sans rémunération à déduire, et remplit les conditions du taux réduit.
L’IS représente 6 375 € sur les premiers 42 500 €, puis 9 375 € sur les 37 500 € restants.
Après IS, il reste 64 250 €, avant les éventuelles affectations du résultat.
Supposons maintenant, pour isoler le mécanisme, que cette somme soit entièrement distribuable.
Depuis le 1er janvier 2026, le PFU atteint 31,4 % pour les revenus concernés : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Une option globale pour le barème progressif reste possible.
Sur 64 250 €, 31,4 % représentent environ 20 175 €.
Il reste donc autour de 44 075 € après ces deux niveaux de fiscalité, en partant des 80 000 € de bénéfice imposable de notre exemple.
Ce calcul n’est pas une simulation complète de SASU. On isole volontairement le mécanisme.
Il montre surtout pourquoi il est incorrect de partir d’un bénéfice de 80 000 € et de lui retirer uniquement 31,4 % pour obtenir le « net du dirigeant ». La société a payé son IS avant la distribution.
Autre élément : un dividende ne génère pas de droits sociaux au titre du mandat du président. La rémunération du président, elle, est soumise aux cotisations du régime général, à l’exception de l’assurance chômage pour ce mandat.
Une stratégie comportant davantage de dividendes peut être parfaitement rationnelle dans certaines situations. Une partie de la différence de net provient alors du fait que les sommes ne financent pas les mêmes droits sociaux qu’un salaire.
Il faut le voir dans la comparaison.
Le salaire est déjà un revenu personnel.
Le bénéfice appartient encore à l’entreprise.
Les placer dans deux cases voisines avec le mot « net » au-dessus crée une comparaison qui paraît simple et ne l’est pas.
30 000 € de dividendes et 30 000 € de salaire ne remplissent pas la même fonction.
Le premier montant peut offrir un traitement fiscal et social différent ; le second finance des droits sociaux par les cotisations correspondantes.
On peut préférer l’un ou l’autre. Il faut simplement mesurer ce qui change en même temps que le revenu.
Les frais de gestion du portage sont visibles et doivent être regardés de près. On a d’ailleurs consacré un article entier aux frais de gestion du portage salarial, aux taux bas et aux frais cachés.
Une SASU a de son côté ses propres frais et obligations : comptabilité, banque, assurances éventuelles, juridique, outils ou accompagnement selon la manière dont elle est organisée.
Leur montant varie beaucoup. Les ignorer revient à améliorer artificiellement une colonne du comparatif.
Ce tableau ne choisit pas le statut.
Il évite simplement de chercher une réponse unique pour des situations qui n’ont pas grand-chose à voir.
Si votre hésitation est plus large, micro-entreprise, création de société, portage ou activité freelance au sens général, notre article Freelance ou portage salarial : que choisir selon votre profil en 2026 ? traite davantage la question sous l’angle du risque, de l’organisation et de la situation personnelle.
Ici, on reste volontairement sur SASU contre portage.
L’expression « assimilé salarié » entraîne facilement un malentendu.
Le président rémunéré relève du régime général pour sa protection maladie, sa retraite de base et complémentaire ou encore les accidents du travail. Son mandat ne donne en revanche pas lieu à cotisation d’assurance chômage.
Cela n’empêche évidemment pas un créateur d’avoir des droits ARE issus d’un emploi salarié antérieur.
Depuis avril 2025, les règles de cumul entre activité non salariée et ARE ont évolué. France Travail indique notamment que le cumul est plafonné à 60 % des droits restants pour les situations concernées par les nouvelles règles. Le montant mensuel dépend aussi des revenus déclarés.
Pour quelqu’un qui sort d’un CDI avec des droits importants, ce sujet peut modifier sensiblement le choix. Il mérite un calcul à part, comme dans notre article consacré au cumul du portage salarial et de l’ARE.
Le mot CDI peut faire penser au modèle d’une ESN qui continue de payer son consultant alors qu’il n’est pas affecté chez un client.
La convention du portage prévoit que les périodes sans prestation ne sont pas rémunérées. Pour le CDI, une réserve de 10 % du salaire de base de la dernière mission est constituée sur le compte d’activité afin de contribuer à couvrir les périodes d’inactivité.
Cela n’annule pas l’intérêt du contrat de travail. Cela évite simplement de lui attribuer une sécurité économique qu’il n’a pas.
Les 126 000 € d’Antoine supposent 180 jours réellement facturés.
Le nombre semble raisonnable dans un prévisionnel. Il faudra néanmoins trouver la mission, éventuellement la suivante, gérer les jours non facturables et maintenir le TJM prévu.
Une année construite sur 200 jours et terminée à 165 change davantage le résultat qu’un demi-point de frais de gestion.
C’est la raison pour laquelle calculer son TJM en portage salarial ou en société doit toujours intégrer un nombre de jours réaliste, et pas seulement partir du salaire que l’on aimerait obtenir.
On cherche souvent le meilleur statut comme s’il fallait choisir celui qui accompagnera toute la carrière.
La situation peut être beaucoup plus simple.
Antoine démarre avec une première mission. Il facture bien, mais il utilise encore une grande partie de ce qu’il gagne pour financer son niveau de vie. Il préfère ne pas créer de structure immédiatement et choisit le portage.
Dix-huit mois plus tard, il a trois clients, davantage de visibilité et pourrait laisser 60 000 € dans une société sans avoir besoin de cet argent personnellement.
La SASU mérite alors une nouvelle analyse.
Elle répond désormais à un problème qui n’existait pas au début.
À l’inverse, un consultant peut continuer en portage pendant plusieurs années avec un chiffre d’affaires confortable parce qu’il souhaite surtout transformer son activité de conseil en rémunération, sans conserver de patrimoine professionnel dans une société.
Le chiffre d’affaires n’est donc pas une ligne d’arrivée à partir de laquelle on devrait obligatoirement créer une SASU.
Avant de refaire une simulation, quatre données donnent déjà une bonne partie de la réponse : votre TJM réel, le nombre de jours que vous pensez facturer, vos dépenses professionnelles et le revenu dont vous avez besoin à titre personnel.
Après, il devient beaucoup plus facile de regarder ce que chaque cadre fait de l’argent qui reste.

