

« Ma mission se termine vendredi. Les 10 % mis de côté, je les récupère quand ? »
La question revient souvent, alors qu’elle part parfois d’une mauvaise hypothèse : ces 10 % ne sont pas forcément en train de dormir quelque part en attendant la fin de la mission. Chez Selfy, le consultant choisit dès le départ comment cette enveloppe est gérée : la conserver pour une éventuelle intermission ou la percevoir au fil des mois dans sa rémunération.
La convention collective du portage salarial prévoit en CDI une réserve financière égale à 10 % du salaire de base de la dernière mission, destinée notamment à couvrir les périodes sans prestation.
Dans le fonctionnement Selfy, ce point est expliqué dès le début du contrat. Le consultant peut privilégier une réserve destinée à l’intermission ou choisir un versement mensuel de cette enveloppe dans sa rémunération. Dans la très grande majorité des situations que l’on accompagne, les consultants privilégient le versement mensuel.
La question devient alors différente : plutôt que d’accumuler une réserve pendant des mois, comment prépare-t-on réellement la période entre deux missions ?
Le calcul porte sur le salaire de base, conformément à l’article 21.3 de la convention collective. Il ne s’agit pas de 10 % du chiffre d’affaires facturé.
Avec un salaire de base de 5 000 €, l’enveloppe représente 500 €. Une facture de 10 000 € HT ne crée donc pas automatiquement 1 000 € de réserve.
Le chiffre d’affaires finance plusieurs éléments avant d’aboutir à la rémunération : frais de gestion, cotisations sociales, frais professionnels, congés payés et autres éléments prévus dans le compte d’activité.
C’est aussi pour cette raison qu’il faut regarder l’architecture complète de la rémunération plutôt qu’un simple taux. Notre article sur le fonctionnement du portage salarial détaille ce passage du chiffre d’affaires au salaire.
Prenons toujours ces 500 €.
Si le consultant choisit de les conserver en réserve, ils s’accumulent pour créer une marge au moment où la mission s’arrête.
Au bout de six mois, cela représente 3 000 €. Après douze mois, 6 000 €.
Si le consultant choisit de percevoir cette enveloppe au fil des mois, sa rémunération mensuelle est plus élevée. En contrepartie, il ne constitue pas progressivement ce même matelas destiné à l’intermission.
Chez Selfy, c’est généralement ce deuxième fonctionnement qui est retenu. La raison est assez concrète : pour beaucoup de consultants en mission longue, une réserve constituée progressivement ne finance de toute façon qu’une période relativement courte par rapport au temps qu’il peut falloir pour retrouver une mission équivalente.
Pas autant qu’on pourrait le penser.
Un consultant avec 5 000 € de salaire de base et 3 000 € constitués après six mois ne dispose pas de plusieurs mois de sécurité. Pour produire une rémunération pendant l’intermission, il faut encore tenir compte du traitement de la paie et des cotisations.
Le mécanisme se défend davantage lorsqu’on enchaîne de nombreuses petites missions. Un formateur qui alterne fréquemment périodes facturées et périodes de prospection peut effectivement utiliser cette réserve comme un lissage.
Un consultant qui reste douze ou dix-huit mois chez le même client se trouve dans une autre situation. Son enjeu principal arrive souvent plusieurs semaines avant la fin : savoir ce qui vient ensuite.
La réserve donne du temps. Elle ne remplace pas l’anticipation.
C’est la limite du mécanisme qu’on explique rarement.
Prenons une situation où 500 € sont affectés chaque mois à la réserve. Six mois produisent 3 000 €. Même avec ce montant disponible, un consultant habitué à un salaire de base de 5 000 € ne finance pas plusieurs mois de rémunération : il faut encore tenir compte du traitement de la paie.
La réserve peut être particulièrement utile lorsqu’on enchaîne des prestations relativement courtes, comme certains formateurs. Pour un consultant qui passe douze ou dix-huit mois chez le même client, le problème se présente autrement. Retrouver une mission équivalente peut demander plusieurs semaines.
C’est aussi pour cette raison qu’un TJM correctement calculé doit tenir compte des jours réellement facturables et des périodes sans mission, plutôt que de raisonner sur douze mois pleins.
La réserve achète du temps. Elle ne trouve pas la mission suivante.
C’est là que le fonctionnement Selfy prend davantage de sens.
Deux consultants peuvent terminer le même jour avec le même TJM et pourtant avoir un niveau de risque complètement différent.
Le premier sait depuis deux mois que sa mission s’arrête et échange déjà avec plusieurs prospects. Le second apprend tardivement que son client ne renouvelle pas et n’a encore aucune piste.
Une réserve financière identique ne produit pas la même sécurité dans ces deux situations.
Chez Selfy, on préfère donc travailler avant la date de sortie : renouvellement possible chez le client, état de la prospection, prochaines missions envisagées, besoin mensuel du consultant et éventuels droits à l’ARE.
Pour comprendre concrètement ce dernier point, le cas d’Hélène montre comment le cumul entre portage salarial et ARE peut absorber une baisse temporaire d’activité.
Il faut alors choisir un scénario plutôt que découvrir la situation une fois la dernière facture envoyée.
Le consultant peut continuer à chercher une mission pendant une période sans prestation. Selon son choix initial et les sommes disponibles sur son compte d’activité, une réserve peut éventuellement financer une partie de cette transition.
Dans d’autres situations, une fin de contrat peut être préparée lorsque le cadre juridique le permet, afin que le consultant puisse organiser la suite de son parcours et ses droits.
La convention prévoit par ailleurs une période de prospection et encadre la possibilité pour l’employeur d’engager ensuite une procédure de licenciement. Cela ne signifie pas qu’un CDI s’arrête automatiquement après trente jours sans client.
Une réserve financière répond à une question : combien d’argent a-t-on mis de côté ?
L’accompagnement répond à une autre : combien de temps risque-t-on réellement de rester sans mission, et qu’a-t-on prévu pendant cette période ?
C’est cette deuxième question que l’on travaille avec les consultants.
Quand la date de sortie est connue suffisamment tôt, quelques semaines peuvent permettre de renouveler la mission, réactiver son réseau, reprendre contact avec d’anciens clients ou organiser une recherche plus structurée. Le sujet est alors traité pendant que le consultant facture encore.
C’est aussi pour cela qu’on préfère laisser au consultant de la visibilité sur sa rémunération et discuter avec lui de l’intermission plutôt que lui présenter une réserve de quelques milliers d’euros comme une protection suffisante.
Demandez d’abord comment les 10 % sont traités concrètement. Où apparaissent-ils ? Comment influencent-ils votre rémunération mensuelle ? Que se passe-t-il au moment où votre mission s’arrête ?
Regardez ensuite votre compte d’activité. L’article L. 1254-25 du Code du travail impose une information mensuelle sur les règlements clients, les frais de gestion, les frais professionnels, les prélèvements sociaux et fiscaux et la rémunération nette.
Une bonne simulation doit permettre de retrouver chaque ligne. Notre article sur les frais de gestion en portage salarial explique notamment pourquoi deux offres affichant le même taux peuvent conduire à des rémunérations différentes.
Et posez une dernière question, beaucoup plus révélatrice :
« Ma mission se termine dans deux mois et je n’ai encore rien derrière. Qu’est-ce qu’on fait ? »
La réponse permet généralement de savoir assez vite si vous avez en face de vous un gestionnaire de paie ou quelqu’un qui suivra réellement votre situation.

