

On lit partout que le portage salarial pèse 2 milliards d'euros en France. Mais sur ces 2 milliards, combien reste vraiment aux sociétés de portage, et combien revient aux consultants ? En cherchant la réponse, j'ai surtout trouvé des questions. Je vous les partage, avec ce que l'on sait, ce que personne ne mesure encore, et ce que nous en pensons chez Selfy.
L'essentiel
Comment lire cet article. Chaque question est traitée en trois temps. Selfy étant une société de portage, nous ne sommes pas neutres sur certains points : nous le signalons quand c'est le cas.
ÉtabliLe rapport de branche 2025, réalisé pour les partenaires sociaux du secteur, compte 43 127 salariés portés et 2,05 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2022. Le nombre d'entreprises de portage est passé de 225 en 2015 à 518 en 2022.
Un détail change la lecture de ces chiffres : le chiffre d'affaires n'est pas relevé dans les comptes des entreprises. Les données disponibles portent sur les salaires versés. Le rapport part donc des salaires, ajoute les cotisations patronales et les frais professionnels, puis suppose que les frais de gestion représentent 8 % du total. Il l'explique lui-même, et c'est une démarche honnête : sans donnée directe, il faut estimer.
OuvertLe nombre réel de salariés portés. Le rapport précise que sa méthode le sous-estime, et d'autres études avancent 100 000 à 120 000 personnes à partir des déclarations des entreprises.
Notre lectureLes 2 milliards donnent un bon ordre de grandeur de l'activité des consultants. Ils ne disent presque rien de ce que gagnent les sociétés de portage.
Prenons une facture de 100 € HT et appliquons les hypothèses du rapport de branche. Ce ne sont ni nos tarifs ni ceux d'un acteur en particulier, mais la répartition moyenne que le rapport suppose.
À l'échelle du secteur, ces hypothèses reviennent à dire que les sociétés de portage conserveraient environ 164 millions d'euros sur 2,05 milliards.
OuvertLe taux de 8 % est une hypothèse. Aucune source publique ne mesure le taux réellement pratiqué en moyenne, et les taux affichés ne recouvrent pas toujours les mêmes services.
Notre lectureSi le taux moyen réel était de 4 %, le chiffre d'affaires estimé du secteur bougerait à peine, autour de 1,97 milliard, mais la part des sociétés de portage tomberait vers 79 millions. Le chiffre que tout le monde cite est donc peu sensible à la seule donnée qui décrit l'économie des sociétés de portage. C'est pourquoi nous nous méfions des conclusions tirées du seul chiffre d'affaires.
ÉtabliLe nombre de sociétés de portage a plus que doublé entre 2015 et 2022.
OuvertIl n'existe pas de série publique du taux moyen de frais de gestion dans le temps, et le rapport de branche ne peut pas en montrer l'évolution puisqu'il applique 8 % chaque année. Des acteurs du secteur décrivent une nette baisse des taux en dix ans, des offres à tarif mensuel fixe et des contrats-cadres à frais plafonnés. C'est plausible ; nous n'avons trouvé aucune mesure qui le démontre.
Admettons que les frais aient baissé. Une baisse de frais ne fait pas disparaître d'argent : elle le déplace, vers trois destinations possibles :
Personne ne mesure cette répartition.
Notre lectureDes frais plus bas ne sont un gain pour le consultant que si son tarif journalier ne baisse pas en même temps et si le service rendu reste le même.
ÉtabliQuel que soit son tarif, une société de portage doit :
OuvertAucune source publique que nous ayons trouvée ne mesure la rentabilité des sociétés de portage à l'échelle du secteur, ni leur coût de financement réel, qui dépend de chaque banque, de chaque assureur et de chaque portefeuille de clients.
Un ordre de grandeur aide à comprendre l'enjeu. Pour un consultant qui facture 50 000 € dans l'année, 5 % de frais de gestion représentent 2 500 €, soit un peu plus de 200 € par mois ; à 3 %, c'est 125 € par mois. C'est avec ce montant que la société finance, pour ce consultant, la paie, la conformité, la garantie financière, les avances de salaire et l'accompagnement. Et une partie de ces coûts, comme la paie, la conformité ou l'accompagnement, ne dépend pas de ce qu'il facture.
Notre lecturePour un consultant au volume d'activité courant, nous ne voyons pas comment une société de portage peut couvrir durablement ces coûts en dessous d'environ 5 % de frais de gestion sans compenser ailleurs : frais annexes, service réduit ou avance de salaire limitée. Pour un consultant qui facture beaucoup, le même pourcentage représente davantage, et un taux plus bas peut se justifier. Un taux affiché très bas appelle donc une question simple : qu'est-ce qui est inclus, et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Nous détaillons les points à vérifier dans notre article sur les frais de gestion en portage salarial.
Ce seuil est une analyse de praticiens, pas une mesure publique. Et comme nous sommes une société de portage, il nous concerne directement : jugez-le sur ses arguments.
ÉtabliSelon le rapport de branche, les salariés portés ont travaillé 714 heures en moyenne en 2022, soit environ 40 % d'une année à temps plein. 37 % ont perçu moins de 10 000 € bruts dans l'année, et 26 % plus de 40 000 €.
Un calcul simple aide à s'y retrouver. Un point de frais de gestion représente 1 % de votre chiffre d'affaires annuel. Une journée de mission représente, elle, votre chiffre d'affaires annuel divisé par votre nombre de jours facturés. Les deux pèsent le même poids à 100 jours facturés dans l'année.
OuvertCe calcul compare deux leviers qui ne se pilotent pas de la même façon : un taux se négocie une fois, alors que des jours de mission supplémentaires dépendent du marché et du réseau.
Notre lecturePour un consultant qui facture peu de jours, l'accès aux missions compte davantage que quelques dixièmes de point de frais. Pour un consultant très occupé, le taux mérite une vraie négociation. Il n'y a pas de réponse unique, il y a votre situation.
Puisque nous posons ces questions aux autres, voici les nôtres. En 2025, sur nos trois filiales, 168 consultants ont facturé au moins une journée, pour 20 315 jours et 8,56 millions d'euros de chiffre d'affaires. Notre projection pour 2026 dépasse 10 millions d'euros. Et pour appliquer notre propre règle : ces montants sont l'activité de nos consultants, pas notre revenu, qui n'en représente qu'une fraction.
Consultant, client ou acteur du portage, si vous avez des éléments de réponse, écrivez-nous : nous publierons une suite avec ce que nous aurons appris.
Vous voulez savoir ce que ces questions changent pour votre situation ? Échangez avec un conseiller Selfy.
Aucune source publique ne mesure de moyenne réelle. Le rapport de branche 2025 retient une hypothèse de 8 % du chiffre d'affaires pour ses estimations. Les taux affichés varient selon les sociétés et ne couvrent pas toujours les mêmes services : comparez le contenu de l'offre, pas seulement le pourcentage. Nous détaillons les points à vérifier dans notre guide des frais de gestion.
Le rapport de branche 2025 en compte 43 127 en 2022, en précisant que sa méthode sous-estime ce nombre. D'autres études avancent 100 000 à 120 000 personnes, à partir des déclarations des entreprises.
C'est une garantie obligatoire, apportée par une banque, un assureur ou un organisme de caution, qui assure le paiement des salaires et des cotisations des salariés portés si la société de portage ne pouvait plus les payer. Son montant minimum est de 10 % de la masse salariale de l'année précédente.
Non. Il comprend les salaires, les cotisations et les frais professionnels des consultants, qui ne font que transiter par l'entreprise. Ce que la société conserve pour fonctionner correspond à ses frais de gestion, une petite part du chiffre d'affaires.





