

« Je peux prendre ma retraite cette année, mais j’ai encore envie de travailler. Est-ce que j’ai intérêt à la liquider maintenant ? »
Chez les consultants en fin de carrière, la question revient avec une insistance nouvelle. La réforme du cumul emploi-retraite entrera en vigueur le 1er janvier 2027 et rendra le dispositif sensiblement moins favorable avant 67 ans. Pour certains profils, une pension prenant effet en 2026 peut donc préserver les règles actuelles.
Le calendrier est toutefois plus serré qu’il n’y paraît : pour un salarié, la dernière date de départ possible avant la réforme sera généralement le 1er décembre 2026.
La LFSS 2026 modifie les règles du cumul emploi-retraite pour les assurés dont la première pension de retraite de base prend effet à partir du 1er janvier 2027.
Lorsqu’une première pension a pris effet avant cette date, l’assuré reste en principe soumis aux règles antérieures. Deux consultants présentant des carrières proches pourront donc connaître des situations très différentes selon que leur retraite commence le 1er décembre 2026 ou le 1er janvier 2027.
Pour un salarié du secteur privé, la retraite doit obligatoirement prendre effet le premier jour d’un mois. La date déterminante n’est donc pas le 31 décembre 2026, contrairement à ce que l’on pourrait penser en lisant rapidement le texte, mais le 1er décembre 2026. L’Assurance retraite recommande par ailleurs d’effectuer la demande cinq mois avant le départ choisi afin d’éviter une interruption de versement.
Cette échéance mérite d’être examinée dès maintenant lorsqu’une activité est prévue en 2027. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure qu’une liquidation anticipée sera avantageuse. Le montant de la pension, les missions à venir et la possibilité d’obtenir une surcote restent au centre de l’arbitrage.
Jusqu’à la fin de 2026, les salariés retraités relèvent principalement de deux régimes.
Le cumul intégral permet d’additionner sans plafond les pensions de retraite et les revenus professionnels. Il suppose notamment d’avoir liquidé les pensions auxquelles on peut prétendre et d’avoir obtenu le taux plein dans les conditions prévues.
À défaut, le retraité relève du cumul plafonné. En 2026, le total formé par les pensions et le nouveau salaire ne doit pas dépasser le montant le plus favorable entre le dernier salaire d’activité et 160 % du Smic, soit 2 916,85 € brut par mois. La pension est réduite lorsque ce plafond est dépassé.
À partir de 2027, le dispositif sera organisé autour de trois périodes d’âge.
Lorsqu’une retraite aura été liquidée avant l’âge légal, notamment dans certains cas de départ anticipé, les revenus professionnels viendront réduire la pension dès le premier euro.
Une personne percevant 1 500 € de revenu d’activité pourra ainsi voir sa pension diminuer du même montant. Pour un consultant qui souhaite conserver plusieurs jours de mission chaque mois, l’intérêt financier du cumul deviendra alors faible, voire nul.
Entre l’âge légal et 67 ans, la pension sera diminuée de 50 % de la part des revenus professionnels dépassant un seuil annuel.
L’Assurance retraite évoque actuellement un seuil possible de 7 000 € par an, tout en précisant que son montant doit encore être fixé par décret. Ce chiffre peut servir de base à une première simulation, mais il devra être vérifié lorsque les textes d’application auront été publiés.
À l’échelle d’une activité de conseil, 7 000 € annuels représentent peu. Quelques semaines de mission peuvent suffire à dépasser ce montant, même si le calcul définitif dépendra de la nature du revenu retenu et des précisions réglementaires à venir.
À partir de 67 ans, les pensions pourront être cumulées sans plafond avec les revenus professionnels. L’activité exercée pendant cette période pourra également produire de nouveaux droits à retraite dans les conditions du nouveau dispositif.
La réforme privilégie ainsi la poursuite d’activité après l’âge du taux plein automatique. Elle réduit davantage l’intérêt d’une liquidation suivie d’une activité soutenue lorsque le consultant se situe encore entre l’âge légal et 67 ans.
La loi retient la date de prise d’effet de la première pension de retraite de base. La date de dépôt du dossier ne suffit donc pas.
Un dossier envoyé en décembre 2026 pour une pension prenant effet le 1er janvier 2027 relèvera des nouvelles règles. À l’inverse, une pension dont le point de départ est fixé au 1er décembre 2026 pourra, en principe, rester soumise au cadre actuel.
En pratique, viser le 1er décembre suppose de préparer le dossier bien avant l’automne. La recommandation des caisses est de déposer la demande cinq mois avant le départ choisi. Pour les retraites anticipées pour carrière longue, l’Assurance retraite conseille même de commencer les démarches neuf mois en amont.
Cette préparation sert aussi à repérer les anomalies de carrière. Un trimestre absent, une période travaillée à l’étranger ou une petite pension complémentaire oubliée peut modifier les conditions de liquidation et, par conséquent, l’intérêt de l’opération.
Prenons le cas simplifié d’un consultant âgé de 64 ans.
Il dispose du nombre de trimestres requis pour obtenir le taux plein. Sa retraite brute est estimée à 36 000 € par an et il prévoit de poursuivre une mission en portage salarial lui procurant 60 000 € de salaire brut sur l’année 2027.
Le consultant relève des règles actuelles. S’il satisfait à toutes les conditions du cumul intégral, ses revenus se présenteraient ainsi :
Revenus perçus en 2027Montant brut annuelPension de retraite36 000 €Salaire en portage salarial60 000 €Total brut96 000 €
Le consultant relève cette fois du nouveau régime. En utilisant l’hypothèse provisoire d’un seuil de 7 000 €, la réduction théorique de sa pension serait la suivante :
(60 000 € – 7 000 €) × 50 % = 26 500 €
Revenus perçus en 2027Montant brut annuelPension après réduction théorique9 500 €Salaire en portage salarial60 000 €Total brut69 500 €
L’écart atteint 26 500 € sur une année dans cet exemple.
Le calcul est volontairement simplifié. Il ne tient pas compte de la fiscalité du foyer, des prélèvements sociaux sur la pension, des modalités précises du futur décret ni de l’évolution de la pension lorsque la liquidation est repoussée.
Son intérêt est ailleurs : il donne une idée de l’enjeu financier lorsque le consultant prévoit une activité significative avant 67 ans.
Les règles actuelles prévoient encore des conséquences particulières en cas de reprise d’activité chez le dernier employeur.
Dans le cadre d’un cumul plafonné, une reprise avant six mois peut entraîner la suspension temporaire de la pension. En cumul intégral, le retraité peut retravailler immédiatement, mais l’activité exercée chez son dernier employeur pendant cette période ne génère pas de nouveaux droits.
Ce délai de carence sera supprimé dans le nouveau dispositif applicable à partir de 2027. La rupture du contrat au moment de la liquidation reste prévue, mais la reprise auprès du même employeur ne sera plus soumise à une attente de six mois. Les travaux du Sénat le confirment explicitement.
La suppression de cette contrainte facilitera la continuité des missions, notamment pour un consultant qui souhaiterait retravailler rapidement avec son ancienne entreprise. Son effet financier restera toutefois modeste face à la réduction de pension susceptible de s’appliquer avant 67 ans.
En portage salarial, l’employeur juridique est la société de portage. Le client final achète une prestation à cette société, mais il ne signe pas le contrat de travail du consultant.
Un salarié quittant une ESN pour poursuivre sa mission par l’intermédiaire d’une société de portage change donc d’employeur, même lorsque le client et le contenu de la mission restent identiques.
Cette distinction peut encore avoir une incidence pour les pensions prenant effet avant 2027. Elle perdra une partie de son importance avec la suppression du délai de six mois.
Pour un consultant en fin de carrière, trois scénarios méritent généralement d’être étudiés.
Ce scénario peut préserver le cumul intégral actuel lorsque toutes les conditions sont remplies. Il devient particulièrement intéressant si une mission solide est déjà prévue pour 2027 et si les revenus attendus dépassent largement le futur seuil.
La pension est toutefois calculée à la date choisie. En partant plus tôt, le consultant peut renoncer à une amélioration future de son montant.
Reporter la liquidation permet de poursuivre l’acquisition de droits et, selon la situation, de bénéficier d’une surcote.
Cette option paraît parfois moins attractive sur une seule année, puisque la pension n’est pas encore versée. Sur une durée de retraite de vingt ou trente ans, une pension plus élevée peut modifier le résultat.
Depuis le 1er septembre 2025, la retraite progressive est accessible à partir de 60 ans, sous réserve de réunir au moins 150 trimestres et d’exercer une activité comprise, pour les salariés concernés, entre 40 % et 80 % d’un temps complet.
Elle permet de percevoir une fraction de sa retraite tout en continuant à cotiser avant la liquidation définitive. Pour un consultant qui souhaite réduire progressivement son activité, elle peut offrir un équilibre plus cohérent qu’une liquidation totale suivie d’un cumul fortement écrêté.
Son application au portage doit néanmoins être examinée au regard du contrat, de la durée de travail et de l’organisation réelle des missions.
La liquidation devient plus difficile à justifier lorsque l’activité de 2027 repose encore sur une promesse orale ou sur une simple intention du client.
Un décalage de projet, une réduction budgétaire ou un changement d’interlocuteur peut faire disparaître le revenu professionnel qui devait rendre l’opération attractive. La pension, elle, aura déjà été liquidée.
Le gain lié au cumul se concentre sur les années pendant lesquelles le consultant continue à travailler. La surcote augmente la pension versée ensuite, potentiellement pendant plusieurs décennies.
Une comparaison sérieuse doit donc dépasser l’année 2027. On regardera le revenu net pendant la mission, le montant futur de la pension et le nombre d’années nécessaire pour que l’un des scénarios prenne l’avantage sur l’autre.
Une pension et un salaire sont tous deux imposables, avec des prélèvements sociaux différents. En portage, le salaire dépend aussi du chiffre d’affaires encaissé, des frais de gestion, des cotisations et des éventuels frais professionnels.
Le montant utile pour décider est le revenu réellement disponible après l’ensemble de ces prélèvements. Une simulation détaillée du salaire en portage constitue un bon point de départ, à condition de la rapprocher ensuite de la fiscalité du foyer.
Le principe de la réforme est acquis, mais certaines modalités restent en attente de décret. Le seuil annuel applicable entre l’âge légal et 67 ans en fait partie.
L’article devra donc être actualisé dès la publication des textes réglementaires. À ce stade, présenter les 7 000 € comme une hypothèse officielle est plus exact que de les traiter comme un montant définitivement arrêté.
Le scénario est particulièrement pertinent pour un consultant qui peut obtenir le taux plein en 2026, dispose déjà d’une mission crédible pour 2027 et prévoit des revenus professionnels importants avant 67 ans.
Il suppose également que l’ensemble des pensions ait été identifié, y compris les éventuels droits acquis à l’étranger ou dans d’autres régimes. La comparaison doit intégrer le revenu après impôt et la pension à laquelle le consultant pourrait prétendre en différant son départ.
À l’inverse, liquider dans l’urgence paraît moins adapté lorsque des trimestres manquent, que la mission reste incertaine ou que l’activité envisagée sera très ponctuelle. Le même constat s’applique lorsque le report de quelques trimestres améliore sensiblement la retraite future.
Chez Selfy, on aborderait ce dossier avec plusieurs dates de liquidation et plusieurs hypothèses d’activité. La différence entre deux scénarios se joue parfois en dizaines de milliers d’euros, mais elle dépend toujours d’une situation personnelle.

