

Avant d’écrire cet article, nous n’avons pas cherché à compiler des “bonnes pratiques”. Nous avons fait autre chose. Nous avons parlé avec des consultants. Longuement. Nous avons relu des échanges, des messages, des mails parfois envoyés tard le soir, quand l’inquiétude prend plus de place que la raison. Et nous avons aussi passé du temps à lire, discrètement, ce que les gens racontent lorsqu’ils n’ont rien à vendre, ni d’image à défendre.
Sur des forums, dans des communautés en ligne, notamment sur Reddit, on trouve des témoignages d’une honnêteté brutale. Des récits écrits à des moments de fragilité réelle.
« J’ai lancé mon activité il y a trois mois. Toujours pas un seul client. Je commence à perdre espoir. »
« J’ai l’impression qu’il me faudrait juste un client pour retrouver de la confiance. »
« Je travaille tous les jours, mais rien ne se passe. »
« Je me demande si je ne ferais pas mieux de tout arrêter et reprendre un job alimentaire, juste pour ressentir à nouveau ce que c’est que de gagner de l’argent. »
Ce qui nous frappe, ce n’est pas l’incompétence. C’est l’usure mentale. Le sentiment d’avancer dans le vide, sans retour, sans confirmation extérieure. Et surtout, cette solitude très particulière du début, quand personne ne peut encore dire à votre place : “Oui, ça fonctionne.”
La majorité des consultants ne trouvent pas de client immédiatement.
Pas en deux semaines. Pas toujours en un mois.
Et non, ce n’est pas un signe d’échec.
Ce n’est pas la preuve que vous n’êtes “pas fait pour ça”.
Ce n’est pas non plus un indicateur fiable de votre valeur sur le marché.
Le premier client arrive rarement parce que tout est parfaitement aligné. Il arrive souvent dans des conditions imparfaites, parfois même décevantes sur le papier. Mais il joue un rôle déterminant : il transforme une angoisse abstraite en réalité concrète.
Avant ce premier client, on doute de soi. Après, on doute encore… mais on avance.
Cette bascule est psychologique avant d’être économique.
Quand on démarre, on travaille sans retour immédiat. On investit du temps, de l’énergie, parfois de l’argent, sans garantie visible. Chaque jour ressemble au précédent. On améliore des choses, on ajuste, on apprend, mais rien ne vient confirmer qu’on est sur la bonne voie.
C’est précisément là que la peur s’installe. D’abord discrète. Puis plus envahissante. Elle glisse doucement de “comment trouver un client” à “est-ce que je suis légitime”, puis à “est-ce que je suis en train de mettre ma situation, et celle de mes proches, en danger”.
Cette peur n’est pas irrationnelle. Elle est humaine. Elle touche à la sécurité, à la stabilité, à l’image que l’on a de soi lorsqu’on a choisi de prendre un risque.
Beaucoup de ces peurs sont renforcées par un climat économique perçu comme incertain. Pour aller plus loin, nous avons pris le temps d’analyser ce que disent réellement les recrutements observés sur le terrain en 2025.
➡️ Lien vers l’article Marché de l’emploi 2025
Dans cette phase, beaucoup de personnes font ce qui semble logique sur le papier, mais qui peut aggraver le malaise. Multiplier les actions sans discernement. Automatiser trop tôt. Se comparer à des profils installés depuis des années. Refaire son site encore et encore, comme si la réponse se trouvait dans une version supplémentaire.
Ces stratégies donnent l’impression de reprendre le contrôle. En réalité, elles repoussent souvent le moment le plus important : celui de la première interaction humaine qui compte vraiment.
Le premier client n’est presque jamais le résultat d’un système sophistiqué. Il est le fruit d’un lien, d’un contexte, d’une opportunité imparfaite mais réelle.
Le premier client ne se gagne pas en “scalant”.
Il se gagne en étant présent, utile, identifiable.
Beaucoup de témoignages se ressemblent :
« J’ai répondu à une question, sans vendre quoi que ce soit. La personne m’a recontacté. »
« Un ancien collègue a pensé à moi, alors que je n’osais même pas demander. »
« Ce n’était pas la mission idéale, mais elle m’a permis de repartir. »
Ce ne sont pas des histoires spectaculaires. Mais ce sont celles qui remettent en mouvement.
Pas de méthodes miracles ou de plans en dix étapes.
Plutôt des décisions modestes, mais structurantes. Accepter que le premier “oui” ne soit pas parfait. Privilégier les échanges humains aux démarches massives. Aider avant de chercher à vendre. Et surtout, accepter que le début soit inconfortable, sans en faire une condamnation.
En creusant, on comprend que la peur du premier client n’est pas une peur commerciale. C’est une peur de sécurité. Sécurité financière, bien sûr. Mais aussi sécurité émotionnelle, familiale, identitaire.
À ce stade, beaucoup cherchent moins l’optimisation que l’apaisement. Un cadre plus lisible. Moins de charge mentale. Une manière de travailler qui n’ajoute pas de l’incertitude à l’incertitude.
Il n’existe pas une seule réponse à ce besoin. Mais reconnaître qu’il est légitime change déjà beaucoup de choses.
Si cet article vous parle, ce n’est pas un hasard. Cela signifie probablement que vous êtes dans cette zone floue, inconfortable, entre le choix et la confirmation.
Il est important de vous rappeler ceci : vous n’êtes ni en retard, ni anormal, ni isolé. Le premier client n’est pas un test de valeur. C’est un déclencheur. Et parfois, le simple fait de comprendre que cette peur est partagée suffit à desserrer un peu l’étau.
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